Le ramadan spirituel, par Lotfi Hadjiat

coran


Le ramadan spirituel est un pléonasme car il n’y a de ramadan que spirituel, sinon c’est du folklore. Comme toute prescription divine, le ramadan est un chemin vers Dieu. Vers la fusion merveilleuse de la plus haute clarté de l’intelligence et de la plus haute intensité d’amour. Tel est Dieu. Intelligence en acte éternel, et amour en acte éternel, ces deux actes ne faisant qu’un. Nulle passion en Lui, mais une paix ineffablement délicieuse, dont devrait se rapprocher tout homme censé. Le ramadan est un jeûne du cœur et de l’esprit qui invite à ce rapprochement des délices spirituels. Jeûne du cœur pour briser l’orgueil, le narcissisme, l’égoïsme… Jeûne de l’esprit pour briser les certitudes, les illusions, l’ignorance, les vanités… Jeûner c’est ne plus alimenter l’ego, c’est ne plus alimenter une illusion, le principium individuationis (l’idole la plus enracinée en nous), c’est le laisser périr pour entrevoir l’impérissable divin, qui Lui n’a nul besoin d’être alimenté. Laisser mourir l’ego, le laisser mourir de faim (faim de richesse, de puissance, de plaisir, de liberté…), voilà la sagesse. « Mourez avant la mort », disait le prophète de l’islam. On n’alimente et on ne peut alimenter que du périssable, de l’illusion, l’alimentation elle-même est illusion. La vraie vie est au-delà de l’alimentation, une vie qui a besoin d’être alimentée est déjà morte. Un homme qui ne cherche pas la vraie vie, la vie divine, est déjà mort. Et combien de vivants sont déjà morts aujourd’hui !… « Laisse les morts enterrer leurs morts », disait Jésus-Christ (Matthieu 8, 22) à un disciple qui s’apprêtait à enterrer son père. Jeûner spirituellement c’est commencer à passer de la mort à la vie, c’est entreprendre un chemin vers la communion divine. Dans Les frères Karamazov, Dostoïevski nous conte l’histoire du Père Théraponte, un moine « grand jeûneur et observateur du silence » qui voyait « des merveilles ». « Combien de jeûneurs ne reçoivent de leur jeûne que la faim et la soif ! », dit un hadith amplement commenté par El-Ghazâli. Le ramadan bien compris est une sainte alchimie qui transmue la faim animale en « faim de Dieu », comme dit l’Église orthodoxe, et qui nous apprend finalement à nous détacher du périssable.

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