La stratégie occidentale des escadrons de la mort Comment et pourquoi État islamique et al-Qaida sont devenus les troupes de choc de l’impérialisme occidental.

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Photo : Des membres de EI posent avec McCain. Belle photo de famille n’est ce pas ?

L’attentat suicide de vendredi dernier dans une mosquée chiite en Arabie saoudite revendiqué par EI (État islamique), qui a tué 21 personnes, est le résultat amer de la stratégie poursuivie par la Grande-Bretagne, les États-Unis, la France et leurs alliés du Golfe pendant les huit dernières années.

Cette stratégie, qui consiste à encourager le développement de milices anti-chiites, sectaires et très violentes, dans le but de détruire la Syrie et d’isoler l’Iran, étant elle-même une sous-stratégie dans une guerre plus globale qui cherche à affaiblir toute puissance régionale alliée des BRICS pour l’empêcher de se développer et en particulier, pour le moment, la Russie.

Cette stratégie fut d’abord révélée, en 2007, par un article de Seymour Hersh intitulé The Redirection qui montrait comment l’administration Bush collaborait avec les Saoudiens pour fournir des milliards de dollars à des escadrons de la mort sectaires dont le rôle serait de «déclencher des bombes contre le Hezbollah, Moqtada al-Sadr, l’Iran et les Syriens» selon les mots mêmes d’un fonctionnaire américain.

21 morts après l’attentat suicide contre une mosquée chiite en Arabie saoudite, ISIS revendique

D’autres preuves montrant plus précisément comment cette stratégie se développait ont depuis été révélées. La plus récente, datant de lundi dernier, se trouve dans la centaine de pages déclassifiées par la Defense Intelligence Agency (DIA) américaine à la suite de deux années de bataille juridique.

Ces documents montrent que l’apparition d’EI, loin d’être un événement imprévisible sorti de nulle part comme les médias essaient de nous le faire croire, était en réalité attendu et désiré par les États-Unis et leurs alliés, depuis au moins 2012.

Ce rapport de la DIA, à l’époque largement diffusé parmi les différentes agences de sécurité et militaires, note : «Il y a la possibilité d’établir une principauté salafiste, déclarée ou pas, dans l’est de la Syrie et c’est exactement ce que voudraient les puissances qui soutiennent l’opposition [à Assad], de manière à isoler le régime syrien qui est considéré comme fournissant une profondeur stratégique à l’expansion chiite (Irak et Iran).» Et plus loin : «Les puissances qui soutiennent l’opposition [à Assad, NdT]» sont définies comme étant «les pays occidentaux, les états du Golfe et la Turquie».

Autrement dit, une principauté salafiste, c’est-à-dire constituée de militants anti-chiites, était exactement ce que désirait l’Occident pour sa guerre, non seulement contre la Syrie mais aussi contre l’expansion chiite en Irak aussi. Il est même spécifiquement reconnu que «al-Qaida en Irak [le groupe ayant donné naissance à EI] pourrait aussi déclarer un état islamique en réunissant les différentes organisations terroristes opérant en Irak et en Syrie».

Un médecin légiste recherche des preuves sur le site de l’explosion d’une bombe dans une mosquée dans la capitale du Yémen Sanaa le 22 mai 2015. (Reuters / Khaled Abdullah)

La précision de ces documents déclassifiés est étonnante. Ils précisent non seulement que les groupes terroristes soutenus par Londres et Washington en Syrie allaient s’unir avec ceux en Irak pour créer un état islamique mais aussi les dimension exactes de cet état, en reconnaissant que les salafistes, les frères musulmans et al-Qaida en Irak sont les forces principales menant l’insurrection en Syrie et donc que les conséquences d’un tel fait seraient de «créer les conditions idéales pour qu’al-Qaida en Irak retourne à ses racines à Mossoul et Ramadi. »

Mossoul a été prise par EI en juin 2014 et Ramadi vient de tomber cette semaine.

Ces derniers mois, on a vu l’Occident et ses alliés régionaux intensifier fortement leur aide aux escadrons de la mort anti-chiites. En mars, l’Arabie saoudite a commencé à bombarder le Yémen à la suite des avancées des rebelles Houthis (chiites) dans ce pays. Les Houthis, la seule force digne de ce nom à combattre al- Qaida dans ce pays, leur avaient repris des points stratégiques et les menaçaient dans leurs derniers retranchements. C’est alors que les Saoudiens ont commencé leur bombardements, avec l’assentiment américain et anglais. Naturellement, et sans surprise, al-Qaida en a été le principal bénéficiaire, a pu respirer un peu et même reprendre certains territoires perdus comme l’important port de Mukulla, moins d’une semaine après le début des bombardements saoudiens.

Un combattant d’ISIS dans les ruines de Palmyre après la prise de contrôle de la ville

Al-Qaida a aussi marqué des points en Syrie, s’emparant, le mois dernier, de deux villes importantes dans la province d’Idlib, grâce au soutien militaire turc, qatari et saoudien. Parallèlement, la Grande-Bretagne menait la danse pour pousser à une nouvelle intervention militaire en Libye, sous le prétexte d’une «guerre contre la contrebande» qui, comme je l’ai déjà argumenté, finira par renforcer les groupes les plus vicieux impliqués dans ce trafic, c’est-à-dire EI et al-Qaida.

Pourquoi donc cette soudaine impatience de la part de l’Occident et ses alliés de renforcer son aide à al-Qaida/EI ?

A cause de la répulsion grandissante face aux activités de ces escadrons de la mort. Ne correspondant plus à l’image de vaillants résistants contre l’oppression de la dictature Assad tels qu’ils étaient décrits en 2011, leur rôle de troupes de choc dans la stratégie du divise et ruiner ne promettant plus que violence et nettoyage ethnique, était devenu de plus en plus visible. De plus, la période entre mi 2013 et mi 2014 avait été témoin d’un reflux significatif de l’avantage tactique de ces groupes.

Reflux qui a commencé en juillet 2013 avec le renversement du président égyptien Mohamed Morsi à la suite de craintes qu’il n’envoie l’armée égyptienne pour aider la rébellion syrienne. Le nouveau président égyptien a mis un terme non seulement à cette éventualité mais aussi au flux de mercenaires égyptiens vers la Syrie. L’Occident espérait intervenir dans la foulée en effectuant des raids aériens contre le gouvernement syrien, mais les tentatives de s’assurer l’accord iranien et russe n’a mené à rien et ils ont été forcés d’y renoncer.

Puis vint la chute d’Homs en mai 2014 lorsque le gouvernement syrien reprit une place forte des mains des rebelles. Les choses tournaient donc à l’avantage du gouvernement syrien. C’est alors qu’EI entra en scène et avec lui le bon prétexte pour les raids aériens qui n’avaient pu se faire l’année précédente.

Pendant ce temps, en Libye, le parti des escadrons de la mort avait perdu les élections pour la chambre des députés de juin 2014. Leur refus d’accepter cet échec entraina un nouveau chapitre dans le désastre de la Libye post-Kadhafi car ils mirent en place un pseudo gouvernement rival à Tripoli et lancèrent une guerre contre le parlement légitime. Pourtant, en conséquence du massacre d’Égyptiens par EI en Libye, l’Égypte apporta son soutien aérien au gouvernement légitime. Elle envisage même un soutien terrestre.

Perdant du terrain au Yémen, en Libye, en Égypte et en Syrie, toute la stratégie occidentale d’utilisation de salafistes armés comme outil de déstabilisation commençait à perdre de son efficacité. Dieu merci, certaines personnes à certains postes continuent à faire des plans, ceux de EI.

Article original en anglais : West’s death squad strategy: How and why ISIS & Al-Qaeda became ‘shock troops’ of global powers, 23 mai 2015

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

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