Démocratie étasunienne : La nuit où les Tokyoïtes ont été «bouillis et cuits à mort»

Le 10 mars 1945, l’armée américaine déversait un tapis de bombes explosives et incendiaires sur la capitale pour acculer le Japon à la défaite.

Démocratie étasunienne :  La nuit où les Tokyoïtes ont été «bouillis et cuits à mort»

L’attaque a été éclipsée par le feu atomique des 6 et 9 août 1945. Mais ce qui s’était passé cinq mois plus tôt à Tokyo constitue «l’un des raids aériens les plus meurtriers de tous les temps, surpassant Dresde, Hambourg et Nagasaki, d’une échelle comparable à Hiroshima, et certainement l’un des plus destructeurs», écrivait l’historien militaire et ancien pilote américain Kenneth P. Werrell.

Ce 10 mars, le Japon commémore les soixante-dix ans de cette attaque conçue par les Etats-Unis sous le nom de code «opération Meetinghouse» au cours de laquelle des milliers de Japonais ont été «brûlés, bouillis et cuits à mort», selon les mots du général d’aviation Curtis Lemay, responsable de ce crime de guerre.

Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, le nord et l’est de la capitale japonaise ont subi un déluge de bombes explosives et d’engins incendiaires qui ont réduit à néant plus de 40 kilomètres carrés (un tiers de la ville) et tué 95 000 personnes, selon le chercheur Masahiko Yamabe du Centre de Tokyo sur les raids aériens et les dommages de guerre, qui nous a autorisé à publier une série de clichés attestant de l’ampleur du carnage. En l’espace de quelques heures, 335 B-29, des avions au large rayon d’action, ont déversé plus de 1 700 tonnes de bombes sur Tokyo. La quantité et la densité étaient telles que plusieurs engins s’abattaient en même temps sur une seule et même maison.

Des foules piégées dans le chaos 

Rare Occidental alors en poste au Japon où il travaillait pour l’Agence France Presse, le journaliste français Robert Guillain a raconté (1) cette«nuit d’horreur» des Tokyoïtes qui ont «subi l’ordalie du napalm». Il a détaillé le plan d’attaque des Américains qui ont envoyé leurs premières forteresses volantes pour «marquer par les flammes le centre de la zone à détruire». Les avions suivants «en délimitèrent le contour et le quadrillèrent de feu pour enfermer les habitants, puis ce fut l’arrosage à volonté.

Sous les ailes des terrifiants oiseaux qui semblaient voler en tous sens et à des hauteurs diverses, de 1 500 à 3 000 mètres, tombaient des milliers de cylindres de métal qui déversaient sur la ville une rosée incendiaire, première version du napalm».

Lire la suite de l’article

Publicités