La gauche qui abat la gauche

Pas la peine d’abattre la gauche, ses propres tueurs s’en chargent. Quand on lit Renaud Dély ou Véronique Soulé [1], on est partagé entre haut-le-cœur et rire sournois. Cela doit être très dur pour le militant ou croyant de Gauche (c’est aussi une foi) de se savoir représenté par de tels zozos. De n’avoir pas droit à la parole (le PS n’écoute pas la base), et d’avaler cette parole si peu d’évangile. En général, sur le champ de bataille, quand un officier débloque, l’état-major le change de secteur, ses soldats le flinguent en pleine action, ou alors désertent. Il n’y a pas d’autre solution. Là, on dirait que les troupes de Gauche ont choisi la désertion. Et on comprend pourquoi.

Actuellement, écartelée par une fausse gauche au pouvoir, la gauche intellectuelle s’arqueboute sur une structure de pensée délabrée, aux impasses logiques à peine imaginables. Tout part en sucette : la défense de l’immigrant pauvre se mue en défense de l’agent destructeur des valeurs nationales et de la couverture sociale, la défense des femmes en défense d’une bande de pauvres putains pisseuses qui souillent églises et féminité, la sacralisation de la jeunesse en acceptation des crachats dans la gueule à l’école et dans la famille, la production des phares de la pensée humaniste en appels aux bombardements tous azimuts, la victimisation des juifs en totalitarisme médiatico-politique, l’ouverture de l’information en torrent de propagande informaticide, bref, les concepts d’égalité et d’humanisme ont été détournés, tordus, retournés. Le pouvoir réel a mis la gauche à sa botte, la gauche se retrouvant au service de son ennemi mortel. Tout est à reconstruire.

Mais sur quelles bases ? La gauche a toujours déçu, parce que la gauche, vu son ambition délirante (tous les hommes égaux et heureux en paix et au paradis), EST la déception. Ce faux espoir brandi par le pouvoir réel à travers le pouvoir théâtral, dès que la critique, passant les dirigeants-écrans et autres marionnettes pour ball-trap, commence à s’approcher trop près de lui, même s’il lâche un peu de lest, est un truc éventé. Le magicien n’a plus de coups, le lapin est mort, le chapeau troué, le public méfiant.

Après la magie de diversion et l’hypnose de masse, il reste encore la répression, mais tout pouvoir sait à quel point l’assentiment de la population est important dans la soumission d’une population. Et quand on en arrive au bâton, il n’y a plus de consentement possible. Oh, taper sur les pauvres cons n’est pas un problème, pour ceux qui, par définition, n’ont pas de morale, ce truc fait pour bloquer les pauvres, mais ça ne finit jamais bien : ça finit en général en 110 mètres haies à travers bois et frontières, avec meute en colère au derrière, qui piétine et encorne tout ce qui lui tombe sous la dent. Le troupeau en furie, non merci.

Vous imaginez le petit Minc et le gros Attali courir à travers champs, sautant les bocages normands, pour rebondir sur cette bonne vieille Angleterre comme de vulgaires réfugiés de la zone de Calais, avant d’atterrir en Amérique ? Mais là-bas, les hordes de Noirs à casquettes risquent de leur balancer de lourds ballons de basket dans la tronche ! Non, il n’y aura pas de repos pour ceux qui agitent le bâton. Mieux vaut réfléchir à une solution intelligente, tordue, qui lie le peuple à sa propre lâcheté, à sa propre soumission, à sa propre traîtrise.

Au-dessus, c’est pas mieux. La gauche et ses penseurs sont tous des traîtres ou des imbéciles. Traîtres parce qu’ils ont participé à la plus formidable entreprise de fabrication, de manipulation et d’exploitation de couillons imaginable, et imbéciles parce que quand on fait métier de penser, se tromper, même sur la durée, est une faute professionnelle grave. Il faudrait que tous nos penseurs des années 60 et 70 soient envoyés aux champs, à la cambodgienne, ou dans la Chine de la Révolution culturelle. Le penseur qui s’est planté, et qui a planté ses lecteurs, ses croyants (car la pensée des uns devient l’action des autres) : aux champs ! Comme on n’a plus trop de rizières, sauf en Camargue, on les foutra à la cueillette des fruits dans l’Hérault, avec les saisonniers arabes ou est-européens, pour leur apprendre la life, la souffrance, le travail.

Oui, la réhabilitation par le travail. La liberté par le travail ? Qui a dit ça ? Bon, Stéphane, tu sors. On n’est pas chez les nazis, ici, et puis, y a la moitié du lobby qui nous lit, ça confère non seulement une certaine importance, mais une grande responsabilité. Des droits, et des devoirs. À moins qu’on prenne Jakubowicz comme avocat, mais ça va être cher. Ce serait marrant, mais cher. Au fait, déontologiquement, Jaku pourrait-il refuser de nous défendre (honnêtement), par exemple contre le CRIF ? Joli cas de droit, au boulot, les étudiants E&R d’Assas et d’ailleurs. Mais revenons à nos moutons noirs.

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Cimetière des idées foireuses des intellectuels français culottés

Le boulanger qui fait du mauvais pain, il peut fermer, à moins que les mangeurs de pain se soient habitués à de la merde (option politiquement réaliste). Et ils sont où, et ils sont où, mais ils sont où les penseurs français qui ne se sont pas trompés ? En 50 ans, on peut les compter sur les doigts d’une seule main. Et encore, de la main du montagnard qui aurait laissé des doigts dans l’Annapurna (8090 mètres, le plus dur des 8000). Les autres ont tous changé de monture, et plusieurs fois, accusant à chaque fois la monture précédente. Manquent vraiment pas de culot, ces chutzpistes. C’est même comme ça qu’on devrait les appeler : les culottés. Dès que leur slip est sale, ou trop chargé, ils le balancent, et en enfilent un autre, ni vu ni connu, et te le vantent, te le vendent comme la dernière merveille du monde. Marketing de merde.

Onfray a raison quand il dit au Figaro :

« C’est un phénomène d’hallucination collective, une pathologie assez parisienne : au XXème siècle , la vulgate parisienne a ainsi souscrit au marxisme-léninisme, au maoïsme, au freudo-lacanisme, au structuralisme, aujourd’hui elle frétille avec la théorie du genre, demain elle se trouvera un autre sucre d’orge à sucer avant de reconnaître, comme toujours, quinze ans plus tard, qu’elle s’était trompée… »

Leur seule cohérence, leur seul fil rouge, c’est la soumission au vent dominant du moment, au pouvoir réel, quoi. Pas une once de résistance ne les habite. Nous les connaissons tous, ce sont NOS intellectuels, que l’Histoire et la Politique (dite aussi Histoire trop proche ou embrouillée) ont depuis longtemps condamnés au commentaire tardif. C’est pas chez ces rois de l’après-coup qu’on va trouver les lumières de demain, les prophètes et les visionnaires. C’est déjà ça. Ça laisse de la place dans les voies difficiles. En revanche, quel troupeau d’esprits stériles sur les autoroutes de l’information autorisées !

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Sur Arte, Renaud est célèbre pour ses dénonciations

Maintenant, il est facile de se moquer des Renaud Dély et autres Véronique Soulé. Mais ce n’est pas très constructeur, et l’humiliation, ce n’est pas notre truc. Chacun fait comme il peut, et peut s’estimer heureux de vivre de sa plume. Même si c’est pour produire du conformisme, en conformité avec le pouvoir, s’entend. Produit du croisement des lois humaines et économiques, le conformisme intellectuel (un bel oxymore) assure la stabilité d’un régime, d’un pays. Il est à la fois naturel et nécessaire. Et quand il est remis en question par un nouveau conformisme, ce dernier doit tout simplement prouver qu’il est plus utile à la survie de tous, plus cohérent, plus durable. C’est l’efficacité qui juge. Or, aujourd’hui, le conformisme, ou forme actuelle du pouvoir, montre son inefficacité par des signes d’autodestruction éclatants. L’ordre naturel des choses nous prévient toujours.

Doit-on utiliser nos idées pour sauver la gauche ? Et puis d’abord, quelle gauche ? Celle qui vole les pauvres en leur mentant, qui nous poursuit et nous insulte parce qu’on balance quelques vérités ? Laisse les morts enterrer leurs morts, disait le juif qui ne voulait plus être juif. Bon, ben OK, affaire réglée. Et la droite ? Que ces égoïstes qui veulent garder pour eux ce que la naissance leur a donné jouissent seuls au milieu du dénuement et s’étranglent avec leur suffisance. Seul le partage sauvera l’humanité, mais nous n’y sommes pas encore. Vivre sans égoïsme ne peut être réalisé que dans des conditions extrêmement favorables, de confiance mutuelle absolue. Autant dire dans deux millions d’années, au rythme actuel de l’avancée de l’amour, ou de la connaissance.

Et c’est vrai que partager le fruit de son travail avec celui qui veut juste en profiter, sans travailler, c’est dur ! C’est pourtant ce que les parents font avec leurs enfants, donc c’est possible… s’il y a de l’amour. On ne pense pas forcément qu’à l’immigré africain qui arrive pieds nus chez nous, aimanté par notre abondance, notre qualité de vie, croquer dans les aides sociales et occuper un logement HLO (habitation à loyer offert, ou réglé par la communauté payante). Il y a mieux, dans le genre parasite, plus malin, plus gourmand, plus caché. Quand on sait que la colère ne s’exerce que sur les êtres faciles à repérer, à visibilité immédiate… Le racisme primaire est aujourd’hui permis, car il arrange le pouvoir réel. Le racisme secondaire, dit aussi antisémitisme, est lui totalement interdit. Ne surtout pas remonter le bras qui désigne les coupables. Le bouc émissaire d’hier désigne le bouc émissaire d’aujourd’hui !

Justement, notre ami Renaud Dély amalgame l’un et l’autre, pour la plus grande confusion d’un public déboussolé.

Extrait de son article dans Le Nouvel Obs :

« Ce n’est pas un parti, pas même un réseau organisé. Plutôt une nébuleuse, une sorte d’amicale brune, reflet de l’air du temps. Cette toile d’araignée compte ses références, ses adeptes, et ses cautions, simples sympathisants, soucieux de défendre une « liberté d’expression » prétendument menacée. Au cœur de cette galaxie informe : une poignée d’écrivains maudits, qui s’érigent en ultimes défenseurs d’une identité française, chrétienne et blanche, menacée au premier chef par les ravages du « métissage » et « l’invasion des musulmans » (Renaud Camus, Richard Millet, etc.) ou, pour une autre branche, par l’éternelle mainmise du « capital apatride » à la solde « des sionistes » et de « Washington » (Alain Soral, Marc-Edouard Nabe, etc.).

« Police de la pensée »

Ces écrivains de seconde zone n’auraient pas grande influence s’ils ne disposaient de porte-voix. Quelques intellectuels égarés, « idiots utiles » d’une cause perdue, qui, à force de vitupérer « l’antiracisme », ce « communisme du XXIe siècle », selon Alain Finkielkraut, en viennent à cautionner l’intolérable. Et des relais médiatiques plus puissants qui prennent leur défense de télé en radio contre les milices d’une introuvable « police de la pensée ». Le tout, des élucubrations élitistes de Millet aux saillies poujadistes d’un Robert Ménard, esquisse les contours d’une galaxie informelle, reflet du mal-être d’un petit morceau de France plongé dans la mondialisation. »

Le texte de ce flicaillon de la pensée (pas la sienne, celle des autres), qui aurait pu être écrit par un lycéen – c’est dire l’évolution de la pensée de gauche en 50 ans – est saturé de guillemets. On sent qu’à chaque fois qu’il frôle la Bête Immonde, afin de la dénoncer prestement à ses maîtres (qui le lisent et l’ont placé là), il a peur d’en garder quelque poil sur ses blanches mains. Avec les progrès des enquêtes scientifiques, l’ADN et tout ça, dont la structure lui échappe probablement (culture non-scientifique, sinon il dirait moins d’âneries et ferait moins d’amalgames), on sait jamais, on pourrait croire qu’il a caressé la Bête. Et puis, cette Bête, on sait plus où elle est : avant, c’était facile, c’était Hitler et sa bande de fous furieux, puis Fofana et sa bande de déglingos, mais maintenant, c’est plein de Français, et même des Blancs éduqués, comme Onfray, Soral, Zemmour, on sait plus où est la Bête, la Bête est partout !

Heureusement, il reste de courageux dénonciateurs de Bête, comme Renaud Dely, qui sait, lui, où est la frontière entre le Bien (lui et ses maîtres) et le Mal (la Bête et ses amis bestiaux). Alors régulièrement, il désigne, comme l’arbitre en Coupe du Monde, avec son petit trait de farine, la frontière qui sépare le Nommable de l’Innommable. Et quand on est dans le camp du Bien, on peut cachetonner partout, surtout si on est petit penseur. Mais le sale boulot de balance échoit toujours aux esprits étriqués. Alors on voit Renaud sur Arte, dans l’émission à haute risibilité d’Élisabeth Quin, passée du cinoche artistique à un cinoche informatif. Il faut croire que les échanges entre intellectuels conformes chargés de farine mènent à tout…

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Bête immonde

Mais ne nous laissons pas égarer par la colère ou le mépris : ce sont des armes négatives, qui se retournent contre ceux qui les utilisent. Et terminons l’analyse de texte du penseur Dély. Pour lui, enfin, pour le logiciel de gauche BHLienne qui parle à travers lui – faudrait pas croire qu’il a inventé quelque concept – la résurgence fasciste française tient à la peur de la mondialisation, mondialisation qui, comme chacun sait, est la solution (avec deux trois correctifs quand même), pas le problème.

Chacun sait aussi ce que recouvre le terme pratique de mondialisation, dans la bouche d’un Dély. Non ? Bon, on va vous le dire : la mondialisation, c’est un petit groupe humain, un petit morceau de l’humanité, qui profite de la circulation de grosses masses d’argent et de la destruction des valeurs humaines, l’une étant à la fois origine et conséquence de l’autre. C’est donc, fondamentalement, un groupe non humain, inhumain, supra-humain. Ou anti-humain. Les vrais fachos, que Renaud se garde bien de dénoncer. On ne mord pas la main griffue qui vous nourrit, et qui peut aussi vous tarter, ou vous dégager en touche. Finir chez E&R, ces mordeurs de main, tu parles d’un destin !

Résumons, pour Renaud : il y a deux sortes de balances. Celui qui balance des vérités, et celui qui balance les autres. Le premier cas exige du courage, le second de la lâcheté.

Et nous aurions peur de la mondialisation, nous les pseudofachos ? C’est pas plutôt lamondialisation qui aurait peur de nous ?

C’est sûr que Renaud, qui a commencé son boulot de balançoire sur les chaînes de Libé en 1994, n’a pas dû beaucoup bosser en usine. Un ouvrier, il ne sait pas ce que c’est. Un boulot dur, où tu produis des choses, au lieu de produire de la dénonciation. Évidemment qu’en 1942, Renaud aurait dénoncé des Résistants, c’est même pas la peine d’imaginer autre chose : balance un jour, balance toujours. Aujourd’hui, heureusement pour lui, les mœurs ont évolué. Les FFI ne fusillent plus les collabos en plein village, comme en 44-46. 11 000 règlements de compte en France dans les années post-Libération (celle de l’Occupant, pas le journal). 11 000 exécutions plutôt sommaires. Nous ne fusillerons donc pas Renaud à la prochaine Libération. On ne fusille pas une balance, on n’a pas le temps : dès que la fin du match est sifflée, la vindicte populaire s’en charge. C’est là qu’on se dit, un peu trop tard, qu’il fallait apprendre au peuple à être raisonnable, plutôt que déraisonnable. La Bête immonde est mal dressée.

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