Quelques mots de Simone Weil (1909-1943) ….

Je vous invites bien entendu à vous pencher sur cette personnalité hors du commun

« En toutes choses, seul ce qui vient du dehors, gratuitement, par surprise, comme un don du sort, sans que nous l’ayons cherché est joie pure. Parallèlement le bien réel ne peut venir que du dehors, jamais de notre effort.
Nous ne pouvons en aucun cas fabriquer quelque chose qui soit meilleur que nous.
Ainsi l’effort tendu véritablement vers le bien ne doit pas aboutir ; c’est après une tension longue et stérile qui se termine en désespoir, quand on n’attend plus rien, que du dehors, merveilleuse surprise vient le don. Cet effort a été destructeur d’une partie de la fausse plénitude qui est en nous ; le vide divin plus plein que la plénitude, est venu s’installer en nous. » La Pesanteur et la Grâce

« Ne te laisse mettre en prison par aucune affection. Préserve ta solitude. Le jour, s’il vient jamais, où une véritable affection te serait donnée, il n’y aurait pas d’opposition entre la solitude intérieure et l’amitié, au contraire. C’est même à ce signe infaillible que tu la reconnaîtras. Les autres affections doivent être disciplinées sévèrement. » Le ravissement de la raison

« L’ouvrier qui, à l’usine, contraint à une obéissance passive, a un travail morne et monotone, « trouve le temps long », ou qui ne se croit pas fait pour le travail manuel, ou qui est persécuté par un chef, ou qui souffre, à la sortie, de ne pouvoir se procurer tel ou tel plaisir offert aux consommateurs bien munis d’argent, songe à la révolution. Le petit commerçant malheureux, le rentier ruiné tournent les yeux vers la révolution. L’adolescent bourgeois en rébellion contre le milieu familial et la contrainte scolaire, l’intellectuel en mal d’aventures et qui s’ennuie, rêvent de révolution. L’ingénieur heurté à la fois dans sa raison et dans son amour-propre par la prédominance des considérations financières sur les considérations techniques, et qui voudrait voir la technique régir l’univers, aspire à la révolution. La plupart de ceux qui ont vivement à cœur la liberté, l’égalité, le bien-être général, qui souffrent de voir des misères et des injustices, attendent une révolution. » Conversation avec Trotski

« Peut-on dire que nous avons apporté la culture aux Arabes, eux qui ont conservé pour nous les traditions grecques pendant le moyen âge ?  »  Lettre à Jean Giraudoux » (1940), dans Écrits historiques et politiques

« Il n’y a pas de « France éternelle », tout au moins en ce qui concerne la paix et la liberté. Napoléon n’a pas inspiré au monde moins de terreur et d’horreur qu’Hitler, ni moins justement. Quiconque parcourt, par exemple, le Tyrol, y trouve à chaque pas des inscriptions rappelant les cruautés commises alors par les soldats français contre un peuple pauvre, laborieux et heureux pour autant qu’il est libre. Oublie-t-on ce que la France a fait subir à la Hollande, à la Suisse, à l’Espagne ? On prétend que Napoléon a propagé, les armes à la main, les idées de liberté et d’égalité de la Révolution française ; mais ce qu’il a principalement propagé, c’est l’idée de l’État centralisé, l’État comme source unique d’autorité et objet exclusif de dévouement ; l’État ainsi conçu, inventé pour ainsi dire par Richelieu, conduit à un point plus haut de perfection par Louis XIV, à un point plus haut encore par la Révolution, puis par Napoléon, a trouvé aujourd’hui sa forme suprême en Allemagne. Il nous fait à présent horreur, et cette horreur est juste ; n’oublions pas pourtant qu’il est venu de chez nous. »  Réflexion sur les origines de l’hitlérisme » (1940), dans Écrits historiques et politiques

« L’influence de l’Ancien Testament et celle de l’Empire Romain, dont la tradition a été continuée par la papauté, sont à mon avis les deux causes essentielles de la corruption du christianisme. » Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu

« Nous ne possédons rien au monde – car le hasard peut tout nous ôter – sinon le pouvoir de dire je. C’est cela qu’il faut donner à Dieu, c’est-à-dire détruire. Il n’y a absolument aucun autre acte libre qui nous soit permis, sinon la destruction du je. »

 

 

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