Boris Cyrulnik ou la banalité du bien

Cyrulnik, c’est à la fois la psychologie de café du commerce, et le commerce de la psychologie. Pour cela, il faut soumettre les moyens à l’objectif – procédé peu scientifique –, renoncer à toute complexité, et réduire le discours à une enfilade de trivialités du niveau de la presse féminine. Ça tombe bien, ce sont ces magazines qui font la promo de ces concepts creux ou rechapés, adaptés à un lectorat de grande consommation et de faible exigence. Et puis, si on peut picorer les découvertes des autres, mettre son nom dessus et en faire une marque, pourquoi se gêner ? Ces gros paresseux de journalistes français ont tant besoin de têtes de gondole compatibles avec le système…

 

La profondeur pour les nuls

« On peut comprendre la réaction des Américains et des proches de victimes : tuer Ben Laden est une punition qui soulage, mais justice n’a pas été faite. Il n’y a pas eu de procès. On n’a pas pu faire comprendre à Ben Laden qu’il avait commis un crime immense. » (Boris Cyrulnik, lemonde.fr, 5 mai 2011)

Quand ce touche-à-tout de Cyrulnik s’attaque à la politique, éclate au grand jour la faiblesse et de sa pensée, et de ses arguments. Mais quand il évoque les enfants des orphelinats de Roumanie, il s’inspire en réalité du travail d’un véritable scientifique, « Resilience in the face of adversity – protective factors and resistance to psychiatric disorder » (Michael Rutter, 1985). À qui Cyrulnik emprunte depuis 1999, sans le lui rendre, le concept de résilience. Pour les médias français, Cyrulnik est le « père de la résilience ». En télé, ce Monsieur Je-sais-tout a été interrogé sur la montée de Marine Le Pen. On attendait un contre-pied magistral, un renversement de cliché déclencheur de pensée. Il n’en fut rien : il baragouina le sempiternel refrain de la sombre menace des années 30, qu’enfant juif, il avait vécue. À propos, le volet de son évasion de la synagogue de Bordeaux, tremplin vers la déportation en Pologne, reste obscur… Personne n’est capable de démêler le vrai du faux dans une biographie aussi fluctuante. La chercheuse Odile Fillod a pénétré à la machette dans cette jungle amazonienne qu’est le CV de Cyrulnik, repris et gonflé partout, recoupé nulle part.

Voici un extrait probant de cette étude :

« Compte tenu de l’indigence de la production proprement scientifique de Boris Cyrulnik, comment se fait-il qu’on en arrive à le présenter comme un ̏grand nom˝ de la recherche ? Car un seul de ses articles indexé dans le WoS (publié en 1998) a été cité par d’autres dans l’ensemble de la littérature scientifique qui y est référencée, et ce 5 fois seulement, ce qui dit bien le peu d’intérêt que la communauté scientifique a porté à ses modestes travaux. Par comparaison, un article de Michael Rutter publié sur la résilience la même année a été cité 301 fois, et deux des premiers articles de Rutter publiés sur ce sujet en 1985 et 1987 l’ont été respectivement 842 et 1186 fois. »

Odile Fillod évoque dans cette minutieuse et exhaustive enquête « sa boulimie de réappropriation de tout ce qui lui tombe sous la main dès lors que ça peut conforter son opinion ». Car Cyrulnik n’est pas un scientifique comme les autres : il ne se trompe pas, il évolue. Et tord les conclusions scientifiques qui ne vont pas dans son sens, un sens toujours positif, toujours rassurant, toujours vendeur. Car les Français et leurs médias ont semble-t-il besoin d’une figure psychologiste tutélaire, un sage qui dit le Bien et le Juste dans un monde pétri de mal et de doute. Adieu vérifications expérimentales et autres nuances pénibles : le « psy qui redonne espoir » ne peut, ne doit pas être contredit. Ceci étant dit, une partie des attaques ou des moqueries dont Cyrulnik est l’objet dans le (vrai) monde scientifique résulterait de l’originalité de son parcours : dépourvu de diplômes, ses « découvertes » ne seraient pas crédibles, que ce soit en éthologie, en psychiatrie, en psychanalyse ou en neurosciences. Victimisation facile. Car non seulement il n’a pas les diplômes qu’il prétend avoir (ou que son éditeur Odile Jacob laisse penser qu’il possède), mais en plus, il aspire les travaux des autres. Ce qui n’est pas interdit dans le monde scientifique, fait d’échanges collectifs et d’améliorations permanentes. Encore faut-il citer les confrères. Vendre des millions d’ouvrages excite les jalousies, à l’instar des frères Bogdanoff avec leur livre sur Le visage de Dieu et leurs doctorats très discutés.

 

 

Psychologisme à la portée des caniches ?

Pour bétonner sa réputation, Boris rencontre du monde. Outre les enfants du Ruanda, de Roumanie, d’Haïti ou des favelas de Rio, il a croisé la route de Lacan et Laborit : « J’étais proche de Laborit et Huguenard quand ils ont découvert le Largactil… » Mais Laborit ne l’a jamais cité, comme ce grand biologiste a pu citer McLean et ses trois cerveaux. Des affirmations désormais invérifiables. Pour compenser un manque d’autorité, à l’image de Sarkozy, Cyrulnik occupe l’espace médiatique : il est dans tous les films, c’est Franck Dubosc dans Cinéman. Multipliant les déguisements (éthologue, neurologue, psychanalyste, psychiatre, psychologue, neuropsychiatre, pédopsychiatre), brouillant les pistes… Pour s’en amuser. Intellectuel éblouissant ? Dès qu’on le met en face de contradictions flagrantes, cette pieuvre disparaît derrière un rire faussement savant, et s’enfuit dans les profondeurs des paradoxes douteux. Ou (re)devient tout bêtement conforme. Interrogé par L’Illustré suisse sur la flambée djihadiste, à la mode en cet été 2014, il arrive tout juste à pondre d’affligeantes banalités.

L’Illustré : « Le djihadiste prend du plaisir à égorger un enfant ou un journaliste ? »

Cyrulnik : « Il trouve son bonheur dans la servitude. Il sait aussi que, s’il ne l’égorge pas, il sera obligé de quitter son groupe. Si vous répétez comme un perroquet la voix du maître, du chef vénéré, tout ira bien pour vous. Mais si vous ne répétez pas exactement la voix du maître, ou si vous ne faites pas exactement ce qu’il veut, vous serez liquidé. […]

Pourquoi cette régression intégriste qui enflamme la région ?

C’est la victoire de la pensée paresseuse. Le mot que répètent les djihadistes, c’est humiliation. L’humiliation des Allemands au traité de Versailles a été récupérée par Hitler pour légitimer le nazisme. Les djihadistes parlent tout le temps de l’humiliation. Se présenter en victime, c’est une manière de légitimer sa propre violence. C’est comme dans les cours de récréation : “C’est lui qui a commencé, Madame, je n’ai fait que me défendre.” »

Degré zéro de la pertinence politique

Curieux, pour un esprit dit supérieur. Et surtout, l’invocation du nazisme comme grand repoussoir et jugement définitif, symbole de stérilité intellectuelle… Seul Éric Zemmour, aussi têtu que cultivé, osera reprendre le Maître de volée dans Zemmour & Naulleau sur M6, le 12 octobre 2012 :

Cyrulnik : « Quand il y a un mouvement de fond, il y a toujours une minorité de fanatiques qui sont heureux de se sacrifier et de sacrifier les autres… Et le nazisme dans les années 30, c’était 3 % de la population, quelques années après, c’était 90 %. »

Zemmour : « 3 %, ils ont quand même gagné les élections avec 30 % dans les années 30, 32-33… Cette comparaison elle me paraît complètement stupide… Faut arrêter de tout réduire au nazisme, y a un Islam, y a des tendances antisémites dans l’Islam, c’est pas parce qu’il y a de l’antisémitisme qu’on va forcément comparer au nazisme, c’est stupide. 

Non, c’est une référence, quand même, c’est comme si vous disiez y a pas de référence.

Y a une référence mais l’antisémitisme il a 1500 ans, depuis 2000 ans, même sous l’empire romain avant le christianisme y avait déjà de l’antijudaïsme, alors vous voyez, on peut prendre toutes les références qu’on veut, on n’est pas obligé de réduire l’histoire du monde au nazisme. 

Non, on l’élargit, c’est une référence, c’est-à-dire que c’est une manière de dire que c’est le même processus, qui se répète.

Ben chuis pas d’accord. »

Et le pire est à venir.

 

 

 

Zemmour :

« Vous êtes pile-poil dans exactement les obsessions de l’époque, et j’en ai noté deux… Aujourd’hui la parole de l’enfant est sacralisée, elle est beaucoup plus importante que celle des adultes, et pour parler de la Seconde Guerre mondiale, y a qu’un enfant qui peut parler c’est un enfant juif, parce que on a résumé l’histoire de la Seconde Guerre mondiale tellement complexe à la guerre que les Allemands ont menée aux enfants juifs… Et deuxième… où vous êtes exactement dans l’époque… c’est quand… vous racontez votre histoire, votre enfance, qui est très émouvante, sauf que ça fait le 50ème récit qu’on lit à peu près similaire depuis Le Sac de billes dans les années 70… On a même inventé un mot qu’on appelle la Shoah… La vulgate de Cyrulnik elle est dans tous les journaux féminins, d’ailleurs ils vous tressent des louanges… En fait vous avez remplacé les prêtres, vous et vos collègues. »

Attaqué sur le fond, Cyrulnik lance à Zemmour :

« Alors je vais vous emmener avec moi dans les orphelinats roumains… C’est mon travail ! […] J’ai passé ma vie là-dedans… »

Hélas, encore un emprunt à Michael Rutter, authentique neurologue, psychiatre et pédiatre.

Naulleau achèvera la bête :

« On a un peu l’impression que vous vous livrez à un concours d’enfoncement de portes ouvertes… Et vous avez cette conclusion : la signification qu’on attribue au présent s’enracine dans un événement passé. »

 

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Devant l’ambassadeur de France en Israël Christophe Bigot, « Boris Cyrulnik a exprimé son souhait de développer une coopération universitaire plus étroite entre la France et Israël dans le domaine des sciences humaines et sociales ».

 

Impunité médiatique

Ces petites attaques perfides n’auront pas raison de la réputation sans tache de Cyrulnik qui, il est vrai, a sorti l’arme ultime, la dissuasion morale nucléaire, qui fait les Intouchables, les Affranchis : une autobiographie basée sur sa propre résilience d’orphelin de la Shoah ! Avec des zones d’ombres telles, que même le très conciliant François Busnel, dans son Grand Entretien sur France Inter le 27 septembre 2012, en concevra un doute dérangeant… Car Cyrulnik, grand éthologue devant l’Éternel (il a eu un chien), est le spécialiste d’un étrange animal :

« La chimère, tout est vrai, le ventre d’un taureau, les ailes sont d’un aigle, les cornes sont d’un taureau, et, tout est vrai dans la chimère, et l’animal est imaginaire. Donc je pense que c’est le cas d’une autobiographie. »

Busnel :

« Et de quelle façon vous allez vous cacher sous une dame en train de mourir. Bon, ça vous nous le racontez à plusieurs reprises, à plusieurs moments de votre vie, juste après la guerre, dans ce livre dont vous parliez, et puis tout à coup là, dans cette autobiographie, vous nous dites mais en réalité, ça ne s’est pas du tout passé ainsi, alors qu’est-ce qui s’est passé, et cela fait-il de vous, Boris Cyrulnik, un affabulateur ? »

Tout de suite, les grands mots. Un romancier, tout au plus, déguisé en scientifique. Odile Fillod commente La Grande Librairie du même Busnel, diffusée sur France 5 le 27 septembre 2012, période de promo massive :

« Le meilleur résumé de la carrière scientifique essentiellement théâtrale de Boris Cyrulnik me semble avoir été fait par lui : “J’essaye d’être scientifique, j’ai réussi à le faire croire, de temps en temps.” »

Le plus étonnant, c’est que Cyrulnik ne nie pas. Voici ce qu’il répond à un lecteur, lors d’un chat sur lemonde.fr le 25 janvier 2005 :

Claude : « Pensez-vous que le recours à la fiction peut mieux aider à préserver le devoir de mémoire ? »

Cyrulnik : « Je pense que la fiction possède un pouvoir de conviction supérieure à un essai philosophique, parce que la fiction a un morceau de vérité, elle peut nous convaincre. »

Tout est avoué… à demi-mot. En 1999, dans l’ouvrage coécrit avec Marie de Solemne, La Sincérité du mensonge, Cyrulnik explique : « Le mensonge participe à la structure de la personnalité, et même la favorise », et parmi les enfants abandonnés dans des situations innommables, « ceux qui s’en sortent sont ceux qui rêvent le plus, ceux qui se mentent le plus[…], ces enfants-là se sauvent grâce à l’auto-leurre, grâce au mensonge. D’ailleurs, ce sont des comédiens, des menteurs extraordinaires. »

 

Un affabulateur au secours du rabbin Bernheim

Si l’on voulait mener une enquête psychologique, on dirait que Cyrulnik est un faussaire, qui réunit d’indéniables qualités, car il dit toujours partiellement la vérité, mais en la maquillant, pour qu’elle soit parfaitement consommable, selon les goûts de l’époque. C’est l’origine et de sa démagogie, et de sa perversion. Interrogé par Nathalie Brafman, dans Le Monde du 13 mai 2013, il commente l’affaire du faux CV du rabbin Bernheim :

« Il faut distinguer mensonge et mythomanie. Le mensonge a une intention de protection. On ment parce que l’on se sent agressé. C’est très différent de la mythomanie qui consiste à revaloriser son image dans l’esprit de l’autre. Le mythomane est désespéré, quelque chose de douloureux lui est arrivé. Il éprouve de la honte, il se sent jugé par l’autre et veut briller. Alors il se montre à son avantage pour réparer une blessure narcissique, soit en racontant à l’autre une histoire merveilleuse qu’il attend, soit en rédigeant un CV miraculeux pour épater et être embauché. Ce sont deux fonctions psychologiques très différentes. »

Pour une fois, il sait de quoi il parle ! Mieux, il arrive à rejeter la faute :

« Le mensonge est même nécessaire. Dès l’instant, où l’on est vivant, on est en danger et on a besoin de leurrer. Mais ceux qui sont leurrés sont complices… Au fond, la société est complice parce qu’elle demande de frimer et parce qu’elle surcote les titres. Celui qui nous leurre nous sert en fait ce à quoi nous aspirons. »

La souffrance du rabbin justifie donc le dopage de son CV. Seul un esprit pervers peut justifier une pareille faute morale. La communauté scientifique ne s’est même pas émue de cette sortie. Ne parlons même pas de la communauté médiatique. Le culot paye !

 

 

La Chutzpah, il n’en manque pas. Lors du congrès pour les 50 ans de l’UNAFAM, Cyrulnik bredouille d’interminables platitudes, mais les familles des malades dits psychiques qui assistent à la conférence ne bronchent pas : la réputation est une magie qui transforme le plomb en or. Collage d’anecdotes irrationnel, fausse modestie calculée, pelletée de chutzpah, et voilà un médiateur moderne, mi-faussaire mi-plagiaire, célébré par tous. Le « journaliste » Macé-Scaron promu par le nouvel investisseur de Marianne malgré ses plagiats, ou le « reporter » Wizman aux articles traduits de revues américaines dans le journal Globe… ne sont pas des imposteurs, mais des vulgarisateurs, des interfaces, des intermédiaires. Des médiateurs, dit-on en bon français non-péjoratif. À cela il faut ajouter un vrai don d’acting : une voix douce, basse, mielleuse, ça pose et impose son respect. Cyrulnik a compris qu’il fallait incarner l’image du sage conteur dans l’imaginaire collectif. Délivrant une parole paternelle, presque divine, qui s’adresse à ses enfants. Un Dieu qui comprend tout et tout le monde. Mais un Dieu qui nous prendrait un peu pour des cons.

Son nom est désormais associé à Compréhension, Douceur, Amour, valeurs féminines par excellence, qui culminent en haut du top ten médiatique. Armé de ces superpouvoirs, Boris peut désormais gober tous les sujets ou débats qui passent à sa portée, tel le caméléon avec sa langue à propulsion. Sa Weltanschauung s’exerçant sans aucune limite, le Cyrulnik est partout : tuerie de Chevaline, sport de haut niveau, harcèlement sexuel, loups (qu’il appelle « les juifs des animaux »), suicide des enfants, adoption, notes à l’école, terrorisme, viol de guerre au Congo, réforme du lycée, hôpital psychiatrique, Oradour-sur-Glane, commission Attali, âme des chiens… Ce roi du cliché psychologiste a fondé son mythe sur une méthode simple : changer les évidences (le besoin affectif, la transfiguration du réel décevant) en verbiage pseudo-scientifique.

Voici le conseil de ce « pédopsychiatre » aux enquêteurs, après le drame de la tuerie de Chevaline, qui laisse deux fillettes traumatisées : 

« Il faut d’abord la soigner, évidemment, puis la mettre en confiance. Il ne faut pas lui poser de question mais attendre qu’elle veuille bien parler. Elle aura probablement envie de parler, d’ailleurs, et il suffira de l’inviter à la parole. […] Le témoignage de la petite fille de 7 ans désignera plus le réel que la fille de 4 ans. » (lemonde.fr du 8 septembre 2012)

 

 

Ce grand sage, qu’on croirait désintéressé, ne refuse pas les honneurs :

« Tout dépend de la signification qu’on accorde à la Légion d’honneur. Moi je l’ai bien sûr sûrement pas demandée, je l’ai sûrement pas méritée. Et quand on me l’a accordée j’ai instantanément pensé à mes parents qui sont morts pendant la guerre. Mon père s’est engagé dans la Légion étrangère alors qu’il était polonais, presque tout ma famille a disparu et j’ai eu l’impression moi que enfin que j’étais reconnu, donc c’est pour ça que je la porte. Alors si on est nanti, si on est là depuis plusieurs siècles et si on fréquente des ministres qui nous donnent la Légion d’honneur, alors là bien sûr elle est pas méritée. » (Ce soir ou jamais, France 3, le 13 septembre 2010)

Ne serait-ce que pour la demi-Shoah qu’il a vécue, il mérite sa décoration. Car ce trauma permet tout :

« Je pense que la Shoah est un phénomène unique dans l’Histoire même s’il y a eu d’autres génocides. » (Lemonde.fr, 25 janvier 2005)

D’ailleurs, la seule thèse qu’on lui reconnaît porte « sur la transmission du trauma de la Shoah aux deuxième et troisième générations », ainsi que le révèle Odile Fillod.

Le problème de la résilience, c’est quand la souffrance originelle ou définie comme telle justifie tout. Dont l’exploitation du trauma. Nous inventerons à ce sujet le concept de « résilience perverse ». Citons une dernière fois Odile Fillod :

« Lorsqu’il présente et analyse longuement, en tant que psy, le “cas” du petit Bernard, il ment à ses lecteurs en leur cachant qu’il s’agit d’une introspection. Pire, ce cas est en partie inventé puisqu’il raconte (avec force détails poignants) les souffrances du petit Bernard à Auschwitz alors qu’il n’a lui-même jamais été déporté. »

Malgré toute sa science de la tolérance et de la compréhension, Cyrulnik, pour une fois, ne romancera pas :

« Là ma mère m’a mis à l’Assistance la veille de son arrestation, elle savait qu’elle allait mourir. Mon père s’est engagé dans la Légion étrangère… Il a été blessé à Soissons… Et il a été arrêté sur son lit d’hôpital, blessé, dans l’armée française, il a été arrêté par la police du pays pour lequel il combattait. Il a été arrêté sur son lit d’hôpital, il a été emmené au camp de Mérignac et de là il a disparu à Auschwitz, et ça c’est le réel. Alors ça j’ai pas envie de le métamorphoser, ça, je pense que je peux métamorphoser ce qui m’est arrivé, la représentation, je peux même en rire, je peux même m’en étonner, beaucoup, mais je ne peux pas métamorphoser la souffrance de ma mère, ou la souffrance, l’injustice qu’ils ont subie. » (Le Grand Entretien, France Inter, 27 septembre 2012)

Enfin un accent de vérité… personnelle.

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