Les perturbateurs endocriniens

Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien (PE) ? D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les perturbateurs endocriniens sont « des substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle étrangères à l’organisme. Elles peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire des effets néfastes sur l’organisme d’un individu ou sur ses descendants ». Ces produits chimiques peuvent être d’origine naturelle ou anthropique (provenant de l’activité humaine).

Produits poison environnement 

© Réseau environnement santé

Des effets sur le système hormonal

Les PE exercent ainsi des effets sur les processus de synthèse, de sécrétion, de transport, d’action ou d’élimination des hormones naturelles du corps. Ils peuvent altérer le taux d’hormones dans le sang, imiter les hormones ou les inhiber. L’équilibre du système endocrinien relevant d’une régulation très fine, les dérèglements provoqués par les PE peuvent entraîner de très lourdes conséquences. En particulier, dans les premières étapes de la vie, où nos hormones jouent un rôle très important dans le développement physiologique de l’individu, les impacts des PE sur le fœtus, le nourrisson, ou l’enfant en croissance peuvent s’avérer irréversibles.

1991 : un changement de paradigme

C’est en 1991 avec la déclaration de Wingspread que des chercheurs ont pour la 1re fois formalisé le changement de paradigme toxicologique des perturbateurs endocriniens en 5 points :

  1. la période fait le poison : contrairement à l’adage « c’est la dose qui fait le poison », pour les PE c’est le moment de l’exposition qui compte, pas la dose, et en particulier la vie intra-utérine constitue une fenêtre de grande vulnérabilité à l’exposition aux PE ;
  2. le délai de latence entre l’exposition et l’apparition des effets peut être important ;
  3. la relation dose-effet n’est pas linéaire mais peut présenter, notamment, des courbes en U avec des effets plus forts à faible dose qu’à forte dose ;
  4. l’effet cocktail : les effets d’un mélange de PE peuvent dépasser la somme des effets des substances individuelles et l’on peut aussi observer des effets en combinant des doses qui seraient sans effet prises individuellement ;
  5. les effets transgénérationnels : par des mécanismes biochimiques complexes, désignés sous le terme d’épigénétiques, les effets des PE peuvent se transmettre sur plusieurs générations dans la descendance de l’individu exposé.

Les bouleversements induits par ce changement de paradigme constituent autant de défis pour la recherche scientifique et médicale, l’expertise en matière d’évaluation des risques et bien entendu les réponses politiques.

Système endocrinien 

© Inconnu

Quelles conséquences sur la santé ?

Les Perturbateurs Endocriniens (PE) sont associés à toutes les maladies chroniques modernes en pleine expansion : cancers hormono-dépendants, syndrome métabolique, troubles neuro-comportementaux, atteintes à la fertilité et l’appareil de reproduction. Ils pourraient constituer l’une des clefs d’explication de ce que l’OMS désigne comme une « épidémie [mondiale] de maladies non transmissibles ».

Exemples de risques associés aux substances :

  • Le bisphénol A, à lui seul, est associé à des tumeurs mammaires chez la femme exposée in-utero, au diabète de type 2, à des troubles cardiovasculaires, à des troubles de la reproduction et à des problèmes comportementaux.
  • Les phtalates seraient responsables chez le petit garçon du syndrome de dysgénésie testiculaire (dont testicules non-descendus, distance ano-génitale réduite, incidence accrue de cancer) et de troubles métaboliques (diabète de type 2 et obésité).
  • Les parabènes perturberaient le fonctionnement de plusieurs hormones (œstrogènes/androgènes, hormones thyroïdiennes), et sont susceptibles de provoquer des atteintes à la fertilité et à l’activité métabolique.
  • Les composés perfluorés sont associés à des atteintes à la reproduction, des troubles comportementaux et à l’affaiblissement des défenses immunitaires.
  • Plusieurs filtres UV courants dans les cosmétiques comme les composés de benzophénone et des dérivés de camphre sont suspectés d’affecter l’appareil de reproduction de la descendance masculine des individus exposés.
  • Le BHA, antioxydant et conservateur couramment utilisé dans les aliments, les emballages alimentaires et les cosmétiques est associé à une baisse des niveaux d’hormones (testostérone et hormones thyroïdiennes) et des malformations des spermatozoïdes.

Quelques chiffres

  • En 50 ans, la qualité du sperme a diminué de 50% à l’échelle mondiale et le volume séminal de 25 % [1]
  • En France, pour un homme de 35 ans : diminution du nombre de spermatozoïdes entre 1989 et 2005 et augmentation du nombre de spermatozoïdes malformés[2]
  • Le taux de couples n’ayant pu concevoir après 12 mois sans contraception passé de 14 % en 1991 à 24 % en 2012 [3]
  • Augmentation des malformations génitales :
    • hypospadias : malformation de l’urètre qui ne débouche pas à l’extrémité du pénis mais dans sa partie inférieure, qui affecte de 0,2 % et 4 % des jeunes garçons français. Le taux d’intervention chirurgicale est de 1,1 pour 1000 par an avec une augmentation de annuelle de 1,2 %.
[4]
    • crytorchidie : non-descente des testicules dans le scrotum, (+1,8 % d’augmentation par an des interventions chirurgicales)
    • Cancer des testicules : en 2008, l’incidence (taux standardisé mondial pour 100 000 personnes) était de 6,7, en augmentation de 2,5 % par an depuis 1998 [5]
  • Diminution de l’âge de la puberté chez les filles en France : 18 ans au 19e siècle contre 12 ans aujourd’hui. [6]

Quelles conséquences sur l’environnement ?

Les perturbateurs endocriniens sont omniprésents dans l’environnement : on les retrouve dans la quasi-totalité des milieux aquatiques (via les effluents de stations d’épuration, les eaux usées industrielles, les dispersions de pesticides agricoles, etc.) et dans les océans également contaminés par le lessivage des milliards de particules plastiques flottantes qui supplantent peu à peu le plancton en début de chaîne alimentaire. Cette contamination a des impacts sur la faune sauvage.

Les PE induisent chez la faune des effets sur le développement, la métamorphose (hermaphrodisme chez les amphibiens), la croissance, la reproduction, le sex-ratio, l’immunologie et favorisent certaines pathologies (telles que des tumeurs cancéreuses). Ils favorisent également les troubles neurocomportementaux (perte d’équilibre chez les insectes pollinisateurs) et les modifications des caractères impliqués dans la reproduction, la survie et l’adaptation au milieu.

Quelques exemples historiques sont fournis par le TBT (Tributyltin – dérivé de l’étain) dont l’usage dans les peintures antifouling a entraîné, dans les années 1980, des extinctions en masse chez les mollusques des zones portuaires marines, ou encore le DDT (Dichlorodiphényltrichloroéthane), un insecticide aujourd’hui interdit en France, mis en cause dans la réduction significative de la taille du pénis des alligators du lac Apopka (Floride) suite à un déversement accidentel dans ce lac[7].

Plusieurs études[8] révèlent également que la féminisation des poissons proviendrait de l’exposition aux PE. Ainsi, en 2006, une étude anglaise (Gross-Sorokin et al.) a étudié les effets anatomiques dus à la perturbation endocrinienne chez les poissons dans une cinquantaine de sites contaminés. Cette étude a montré qu’un tiers des mâles présentaient un phénotype intermédiaire entre mâles et femelles. Chez les poissons les plus touchés, les spermatozoïdes montraient même une diminution de 50 à 75% de leur mobilité. Les oiseaux aussi sont touchés puisque l’exposition aux PE pourrait altérer la reproduction et le comportement chez les adultes et auraient des répercutions sur le développement des jeunes oiseaux[9].

Les PE dans nos salles de bain

Quelles substances retrouve-t-on le plus dans les produits hygiène et beauté 

© Noteo Institut

C’est dans les produits Hygiène-Beauté que l’on retrouve le plus de perturbateurs endocriniens. Selon l’analyse réalisée par Noteo Institut, près de 40 % des produits Hygiène-Beauté contiennent au moins un perturbateur endocrinien.

Quelles substances retrouve-t-on le plus dans les produits hygiène et beauté ?

Les Parabènes

  • Les méthylparabène, propylparabène, éthylparabène et butylparabène sont les parabènes les plus utilisés dans les cosmétiques (mais ils existent aussi les isobutylparabène, benzylparabène, isopropylparabène). Présents à hauteur de 23 % dans les produits d’hygiène et beauté, ils sont dans la majorité des cas utilisés de façon combinée.
  • Le parabène est utilisé en tant que conservateur. On note un fort attrait pour les fabricants du fait de leur faible coût de production.
  • Niveau de risque Noteo Institut[10] : 15 (à substituer)

Le Cyclopentasiloxane (ou Cyclomethicone)

  • Le Cyclopentasiloxane est présent à hauteur de 15 % dans les produits H&B.
  • Beaucoup de fonctionnalités peuvent être utilisées par les fabricants : antistatique, adoucissant cutané, hydratant, solvant ou encore permettant de contrôler la viscosité du produit. Cette polyvalence le rend assez présent dans les produits.
  • Niveau de risque Noteo Institut[11] : 18 – risque maximal du fait de son caractère bioaccumulable (va s’accumuler dans les tissus et engendrer une exposition permanente) – à substituer

Benzophenone et Ethylhexyl Methoxycinnamate : absorbeur de rayons ultraviolets

  • Ces substances ont été développées principalement pour les crèmes solaires, en remplacement de substances opacifiantes qui rendaient les consommateurs couverts d’une pellicule blanche, puisqu’elles assurent une transparence du produit.
  • Cette caractéristique a aussi permis l’extension de leur utilisation dans des produits où on ne les attendrait pas comme les shampoings, pour protéger ses cheveux de l’impact des rayons ultraviolets ou encore des crèmes hydratantes classiques.
  • Le problème est que certaines de ces substances sont associées à un fort risque de perturbation hormonale en plus d’être des substances favorisant la création des radicaux libres (substances agressives car hautement réactives pour certains composants cellulaires).
  • Niveau de risque Noteo Institut[12] : 15 pour ces 2 substances – à substituer

Triclosan :

  • Agent anti-bactérien utilisé principalement dans les dentifrices (mais aussi beaucoup utilisé dans l’industrie textile et les vêtements de sport anti-transpiration)
  • Niveau de risque Noteo Institut[13] maximal de 18 du fait de son caractère bioaccumulable (va s’accumuler dans les tissus et engendrer une exposition permanente) – à substituer

Zoom sur les produits où l’on retrouve le plus de perturbateurs endocriniens

Zoom sur les produits où l’on retrouve le plus de perturbateurs endocrinien 

© Noteo Institut

Baumes et maquillage lèvres

  • 40 % des rouges à lèvres et baumes contiennent au moins 1 substance PE,
  • Les substances les plus présentes : Ethylhexyl Methoxycinnamate, Parabènes et Cyclopentasiloxane,
  • L’exposition aux substances est d’autant plus importante que les lèvres sont des muqueuses : l’absorption de ces substances à risques s’opère plus facilement pour passer dans la circulation sanguine.

Focus sur les fonds de teint & crèmes hydratantes

  • 71 % des fonds de teint et 32 % des crèmes hydratantes contiennent au moins 1 substance PE,
  • Les substances les plus présentes : Parabènes et Cyclopentasiloxane,
  • Les agents de pénétration contenus dans les crèmes hydratantes et fonds de teint amplifient l’absorption de ces substances à risques.

Focus sur les dentifrices

  • 30 % des dentifrices contiennent au moins 1 substance PE,
  • Les substances les plus présentes : Parabènes et Triclosan,
  • Les gencives étant très fines, l’absorption de ces substances à risques en est amplifiée.

Focus sur les déodorants

  • 35 % des déodorants contiennent au moins 1 substance PE,
  • Les substances les plus présentes : Parabènes et Cyclopentasiloxane,
  • L’utilisation de produits contenant ces ingrédients à risques sur une peau fragilisée par une dépilation ou un rasage peut engendrer une absorption plus importante du produit.

Hygiène-beauté : existe-t-il des alternatives ?

Peut-on atteindre le 0 % parabène ? 0 % perturbateurs endocriniens ?

Aujourd’hui 60 % des produits d’hygiène-beauté sont dénués de perturbateurs endocriniens.

Dans les autres cas, la problématique se situe souvent au niveau des conservateurs et des filtres UV. Concernant les parabènes, utilisés comme conservateurs du fait de leur capacité à inhiber le développement bactérien, ils interfèrent avec certaines fonctions hormonales.

Afin de limiter leur emploi, les industriels se tournent vers d’autres substances qui ne sont pourtant pas dénuées de risques : Phenoxyethanol (risque Noteo Institut[14] : 14), Benzyl alcohol (risque Noteo Institut : 14), Methylisothiazolinone (MIT) et autres substances rassemblées dans la famille des isothiazolinones (risque Noteo Institut : 9), Dérivés azo de l’urée (Imidazolidinyl urea et Diazolidinyl urea).

Pourtant, la base de données européenne des substances utilisées en cosmétique[15]recense 166 substances pouvant être utilisées comme conservateur. Comme indiqué ci-dessus, certaines sont déjà connues pour présenter un risque mais d’autres resteraient des alternatives viables si elles pouvaient s’inscrire dans une formulation spécifique (pas d’incompatibilité de formule avec d’autres substances du produit).

Des formulations adaptées peuvent aussi permettre de s’affranchir des parabènes et autres conservateurs problématiques, par exemple en utilisant des huiles essentielles, de l’argile ou même certaines algues pour leurs caractéristiques gélifiantes.

Des travaux de recherche et développement sur des packagings « intelligents » permettent aujourd’hui de s’affranchir de conservateurs en limitant la contamination du produit lors de l’utilisation.

Article complet sur Site.generationscobayes.org via sott.net

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