Nicolas Bedos ou le nouveau Finkielkraut

Pendant les procès de Moscou, au moins l’accusé faisait face à ses juges… qui finiront eux aussi à la moulinette de la Loubianka. Sur France2, chez Ruquier, c’est procès ET peloton d’exécution, deux en un, justice expéditive. Et le Andreï Vychinski du jour, c’est Nicolas Bedos, dit Petit Bedos, issu de la haute bourgeoisie neuilléenne, n’en déplaise à son père.

 

 

« Si ce soir je porte une barbe, inspirée à la fois par l’idéologie diabolique de Charlie Chaplin, le talent burlesque d’Adolf Hitler, et le côté branchouille du mollah Omar, c’est avant tout pour surfer sur la vague bleu Marine tendance vert-de-gris de l’ennemi comique numéro un, l’irrésistible Dieudonné M’Bala, M’Bala, M’Bala, M’Bala, M’Bala, M’Bala, etc. »

Dans une chronique exceptionnelle de près de 13 minutes, propulsée par une émission de service public suivie par 2 millions de téléspectateurs (ONPC du 11/01/14), Petit Bedos tente de discréditer ceux qu’il appelle les dieudonnistes et les soraliens, en prenant l’accent arabe, ou plutôt racaille, une confusion de plus. En intercalant ses véritables opinions, qui, on le devine, s’alignent sur la social-démocratie. Pourquoi une telle violence de la part de ce pro-palestinien ?

« Cette chronique est en totale adéquation avec ce que je pense depuis toujours : on peut faire de l’humour sur tout, proférer des horreurs sur les Arabes et sur les juifs sans être raciste ; on peut militer pour la libération du peuple palestinien sans piétiner le devoir de mémoire de la Shoah. » (lemonde.fr, 18/01/14)

En effet, le 5 novembre 2010, dans l’émission Semaine critique ! de Giesbert, le jeune écrivain, devant un Alain Finkielkraut atterré, s’attaquait à la politique israélienne et au cinéma du même nom : « Jeudi je fais un nouveau rêve, celui dans lequel je pourrais dégueuler sur Netanyahu et la politique menée par l’État d’Israël sans que personne, personne, personne ne me traite pour autant d’antisémite ou d’antisémite refoulé ou de demi-antisémite ou de quart d’antisémite ou d’antisémite inconscient… »

 

 

« J’ai des pièces qui sont jouées dans toute l’Europe, je bosse comme tout le monde, je bosse comme un dingue, j’écris toutes les semaines, j’écris des films, je n’ai pas à m’excuser et donc, j’assume. » (Salut les Terriens, Canal+, 03/12/11)

« Je ne sais même plus pourquoi, mais je m’excuse, comme je m’excuse toujours auprès de ceux que j’ai fait pleurer. » (Journal d’un mythomane vol. 2, octobre 2012)

Déjà, fidèle à sa ligne « une provo, une excuse », il rattrapait le coup en attaquant aussitôt Dieudonné et Soral : « J’entrouvre les rideaux, la personne se retourne, nom d’un cul c’est Dieudonné ! Mon pseudo pro-palestinisme tardif a dû aller un peu trop loin ce soir, ça a dû se savoir, merde l’enculé d’amalgameur a aussitôt rappliqué avant de m’enfourcher avec sa langue épais de facho antifeuj, me voilà triplement humilié ! Je lui dis fiche le camp sale Antillais ! […] Reviens sous les draps, je vais te présenter à Alain Soral, tu vas voir il est pas jaloux, on va monter un spectacle qui partira en tournée dans tout le quartier de la Goutte d’Or, je lui dis dégage, une heure plus tard je réussis à le virer en faisant appel au Betar, des gars efficaces et plutôt raffinés. »

Thierry Ardisson à Nicolas Bedos : « Vous racontez aussi comment vous avez failli être dieudonnisé, pour des propos limites sur le Shoah business dans le cinéma français… » (Salut les Terriens, Canal+, 03/12/11)

Malgré ces précautions, Petit Bedos est obligé d’effacer le tag infâmant « non-sioniste », désormais gravé sur sa poitrine. Les professionnels du déchaînement se déchaînent, les Français connaissent la musique. Trois ans plus tard, en pleine affaire Dieudonné, revoilà Petit Bedos, cette fois à l’ombre d’un Merkava invisible, mais au canon braqué sur la tempe, pour un mea culpa cathodique emballé dans un sketch.

Lemonde.fr du 18/01/14 : « Pourquoi incarner un personnage à l’accent arabe ?
– J’ai surtout fait un con, une brute. Je savais très bien en l’écrivant qu’on y verrait une racaille de banlieue. Mais il est stupide avant d’être rebeu.
 »

 

 

Petit Bedos, en arriéré mental arabe : « J’ai bien tripé la fois où t’as mis une grosse quenelle dans la face d’Alain Finkelcrotte de bique sa mère là, putain tu les a bien fumés là tous les suppôts de Satan d’Israël de Bruel Babibel et BHL ! »

Auto-réponse de Petit Bedos, en intellectuel raffiné : « À la vérité vous vous trompez d’ami, car je ne suis pas antisémite… On peut tout à fait critiquer la politique menée par le gouvernement israélien sans remettre en question l’existence même d’un état symbolisant légitimement le refuge d’un peuple malmené par l’histoire, d’autant qu’en Israël nombreux sont ceux qui s’opposent ouvertement au programme colonialiste mené par le Likoud de Benyamin Netanyahu. »

Une opposition certes sympathique, mais pas très efficace, au vu de la colonisation galopante qui ronge la Cisjordanie. Revient alors la critique, initiée par Le Canard enchaîné, qui a curieusement des leçons d’anticapitalisme à donner, visant à taper au portefeuille Dieudonné et Soral : « T’imagines le pognon avec les produits dérivés là, les tee-shirts Arafat là, les casquettes Mandela, les capotes Goebbels, les Tampax Faurisson là ! »

L’indépendance financière des dissidents n’est visiblement pas admissible par les dealers de biens culturels, qui gagnent pourtant beaucoup d’argent. Petit Bedos a les moyens de refuser en 2011 une offre à près de 400 000 euros annuels du Grand Journal de Canal+. Il a en effet fourni en 2010 à TF1 – que sa conscience de gauche épargne – les scénarios et dialogues de deux fictions de 90 minutes, réalisées par la peu regardante Josée Dayan, pour chacune desquelles un auteur touche en moyenne une rémunération de 80 000 euros, sans oublier les droits de diffusion et de rediffusion. Concrètement, une société d’auteurs comme la SACD reverse aux scénaristes d’une fiction TF1 à une heure de grande écoute (entre 6 et 7 millions de téléspectateurs pour les deux téléfilms) près de 400 euros la minute, soit 54 000 euros à la diffusion (150 % du tarif), et 100 % à la rediffusion, soit 36 000 euros. Bilan estimé pour l’auteur des deux fictions, Folie douce et Ni reprise, ni échangée : 340 000 euros… sans les droits sur les ventes à l’étranger (Belgique, Suisse, francophonie).

 

 

À la fin de son sketch, Petit Bedos s’en prend directement à Soral, dans une ambiance de crypte germanique hitlérienne : « Voilà ça suffit, je vous prie d’aérer ce studio littéralement souillé par les flatulences xénophobes et je ne dis pas bravo à ce con de Dieudo qui a kidnappé l’humour sur les feujs et les robeus pour mieux servir une soupe cuisinée à Berlin dans les année 40 ! Merci Dieudo bravo l’idiot, maintenant à cause de toi tous les politicards tricards, les assoces de paranos et autres gens pas drôles vont mettre le nez dans nos vannes, d’ailleurs avant de partir moi aussi je vais te faire une p’tite quenelle maison, mais ma quenelle à moi elle mélangera jamais la barbaque du FN, la misère des banlieues et la bande de Gaza, ah non ma quenelle à moi elle se cuisine à toutes les sauces , celle de la Palestine oui, mais aussi celle du respect de la Shoah et de la lutte contre l’antisémitisme primaire, bref ma quenelle à moi s’appelle une merguez et je te l’enfonce dans ton gros cul de Breton inculte ! »

S’il est tout à fait légitime – c’est son droit absolu ainsi que sa liberté d’expression – de respecter à la fois la souffrance du peuple juif jusqu’aux années 50, et celle du peuple palestinien à partir des années 50, Petit Bedos retombe dans l’amalgame « toute critique d’Israël = antisémitisme », arme absolue de toutes les « assoces de paranos », comme il dit. En cognant sur Soral et Dieudonné, on se lave de tout soupçon, et l’on peut repartir avec son « certificat de non-antisémite », donnant droit d’entrée dans tous les médias. Ce n’est pas pour rien que Petit Bedos a cachetonné sur Canal, sur TF1, sur France Télévisions, chezMarianne, puis chez Elle, sans oublier les invitations permanentes sur Europe1.

 

 

Justement, c’est sur Europe1, dix jours après sa chronique télévisée, que Petit Bedos vient exposer sa souffrance, et extirper de son discours la dernière molécule de doute antisioniste : « En France, une partie de la population fantasme euh, euh, un lobby juif qui, euh, qu’il faut, qu’il faut absolument il faut le répéter, le répéter, qu’il n’existe pas, y a des gens qui se connaissent, y a des gens qui sont amis, des gens qui ont de la sympathie les uns pour les autres, de même que j’ai de la sympathie pour euh, des gens qui jouent au piano, qui font la fête le vendredi soir ou, ou, qui aiment le whisky. »

Il révèle à cette occasion son malaise… dû au malaise qu’il crée : « J’ai été rapproché de Dieudonné, on a voulu me mettre dans le même sac, parce que j’ai critiqué de façon féroce à travers des chroniques, la politique israélienne, je suis euh, extrêmement sévère, avec les divers gouvernements qui se sont relayés à la tête de l’état d’Israël, et donc, comme j’ai mis mal à l’aise Alain Finkielkraut et que je me suis moqué de beaucoup de choses, concernant certains juifs, et non pas les juifs, c’est une différence de taille de dire certains juifs et de ne pas dire les juifs, et donc y a beaucoup de ce que j’appelle les dieudonnistes qui ont décidé que j’étais leur copain… »

Il précise justement pour Le Monde son jugement sur ce public : « Pour la plupart, les pro-Dieudonné sont fragiles, culturellement et intellectuellement, socialement vulnérables et choqués par le sort réservés aux Palestiniens, d’où leur fantasme d’une sorte de complot israélo-judéo-politico-américano-médiatico-financier : Dieudonné ne cesse de nourrir ce délire. »

 

 

Pour qui suit avec assiduité et courage l’éprouvant ballet des invités médiatico-politiques dans les émissions audiovisuelles, il apparaît que Petit Bedos a choisi Alain Finkielkraut comme « bashing partner ». Le nom de l’intellectuel revient comme l’incarnation de l’impossible critique de la politique israélienne : « J’encourage d’ailleurs les artistes que je croise, pour qui j’ai de l’estime, et j’encourage les vedettes du showbiz euh euh, qui ont été euh, qui sont qui sont comment dire, de la communauté juive, à davantage se manifester contre la politique israélienne, je pense que Dieudonné profite d’une sorte de silence qui a été celui de la plupart des intellectuels juifs, BHL, Alain Finkielkraut tous ces, tous ces, toutes ces vedettes, que ce soit des vedettes de la pensée ou des vedettes de la chanson ou des vedettes du cinéma, personne n’a véritablement manifesté contre les excès de la politique israélienne. » (Europe1 matin, le 21/01/14)

 

 

Pourquoi Finkielkraut, devenu à son corps défendant la risée du net non-aligné ? Parce qu’il représente le sioniste primaire par excellence, sourd à tout argument, même valable – surtout s’il est valable ! – émanant du camp d’en face. Car il s’agit d’une guerre civile, même si elle est, heureusement, médiatique. Un intervenant contreproductif, qui déclenche plus la commisération que le respect. D’où l’envoi d’un néo-sioniste (le pendant du néonazi), moins cultivé, plus léger, moins sérieux donc moins risible, et plus difficilement attaquable. Concrètement, le lobby n’envoie pas Petit Bedos, mais facilite sa médiatisation, tout en le cadrant, et le recadrant s’il le faut. Un néo-sioniste légèrement pro-palestinien, mais pas trop, pas jusqu’à la remise en question d’Israël. Le souci humanitaire de gauche en plus, qui ne coûte rien, et qui rapporte. La nervosité et les hurlements de Finky l’ont disqualifié comme envoyé spécial en plateau du lobby sioniste. Chance est donc donnée à un mammifère plus lâche, plus adapté à la virulente critique des médias qui sévit sur le net, et qui décrypte tout discours officiel ou télécommandé en moins de 24 heures.

Après sa sortie en mollah Omar hitlérien chez Ruquier, amalgame qui ravira Jakubowicz et Cukierman, on peut légitimement considérer Petit Bedos comme un sioniste secondaire, ou intelligent. Dans la guerre informationnelle entre la propagande sioniste qui inonde nos médias et la résistance Internet, tout est affaire de capture des esprits. Voilà pourquoi l’humour prend une importance grandissante : celui qui a les rieurs de son côté rend automatiquement ses adversaires sinistres, lourds, dépassés. Envoyer des comiques en première ligne, face à Dieudonné, devient un enjeu vital pour le lobby.

 

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Gloire aux Trappistes dans Paris Match de février 2012. C’était avant la quenelle d’Anelka.

 

« J’ai pas à juger les autres, décidément je n’en finis pas d‘être surpris par par la frilosité de la plupart des artistes… Je vois bien que les gens ont peur de perdre des places… Je suis pas là pour balancer des noms. Y a des gens dont le public, selon eux, est aussi celui de Dieudonné, en tout cas une partie de leur public peut être sensible et ils ont prévu ce qui m’arrive… Moi-même à mon niveau je suis concerné par une sorte de boycott… Il me fait passer pour un anti-arabe, pour un raciste, ce que je n’ai jamais été ! » (Europe1 matin, 21/01/14)

Malheureusement, les comiques, échaudés par l’expérience Jamel (le Trappiste tente en 2004 de s’émanciper de son producteur Jimmy Lévy, afin de suivre le chemin indépendantiste tracé par Dieudonné, mais se ravise rapidement sous la pression médiatique, avec excuses dans Le Figaro), ne sortent pas du bois. Ils ont trop à perdre : une partie du public, et donc du tiroir-caisse. Ceux qui s’étonnent du silence assourdissant de Taubira dans l’affaire Dieudonné devraient s’étonner du silence de mort du côté des humoristes, d’habitude moins discrets. Rien, pas un mot sur l’affaire, ni sur scène, ni dans les médias. C’est la grande terreur. Explication : tous les comiques communautaires qui fonctionnent avec un public communautaire, même s’ils admirent le courage et le talent de Dieudonné en off, pensant avant tout à ne pas perdre l’appui vital des médias pour remplir leurs salles, ne peuvent soutenir le forcené. Inversement, peu se risquent à taper sur Dieudonné. Ceux qui l’ont fait l’ont payé cash : Elie Semoun a été interdit de salle, pas par le ministre de l’Intérieur ou une justice aux ordres, mais tout simplement, et c’est pire, par le public ! Notons ici le courage de Christophe Alévêque, qui a toujours refusé d’insulter Dieudonné, ce qui ne fait pas non plus de lui un assassin d’enfants antisémite. Pour info, Alévêque ne fait officiellement pas partie des nombreux chroniqueurs de la « nouvelle » bande à Ruquier, L’Émission pour tous.

 

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Fred Testot, copain d’Omar Sy qui est régulièrement invité chez son pote Anelka à Londres, concède un sourire forcé à la charge du Petit Bedos

 

Comme Edgar Faure avec ses sincérités successives, Petit Bedos est au moins clair dans ses revirements. Toujours sur Europe1, radio de l’inoxydable Elkabbach, il démontre qu’il n’y a pas de lobby juif : « Vous savez Dieudonné, comme Marine Le Pen, nourrit depuis plusieurs années le délire selon lequel on serait tous liés, les médias, les politiques, on serait tous, moi aussi, pro-israéliens, on serait tous pro-sionistes, on serait tous, comme i disent, on a tous baissé not’ froc, vous Thomas Sotto, moi, on est deux salopes du Système, alors qu’on se connaît pas, et qu’on appartient chacun à nos univers, tous ces gens-là Ruquier Bedos Bruel, tous ces gens-là, qui vous voulez, on est les mêmes ! »

« Élisabeth Lévy s’est bien gardée de me donner la liste nauséabonde des signataires qu’elle avait déjà dans son sac. » (Elle, 31/10/13)

Dans le long chapitre des revirements, on notera la volte-face de Petit Bedos sur la pétition des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées, lancée dans Causeur par Élisabeth Lévy le 29 octobre 2013. En bon employé du journal Elle, il accepte la soufflante de la patronne : « Comme me disait ce matin Valérie Toranian, la directrice de Elle : “Le courage, c’est aussi d’avouer qu’on a fait une belle connerie.” » Toranian, madame Giesbert à la ville, autre employeur de Petit Bedos. À propos, ce dernier nie avoir été pistonné pendant sa fulgurante ascension : « Les gens fantasment, les gens sont convaincus que Bedos père a passé des coups de fil… Ce qui ne veut absolument rien dire ! » (Salut les Terriens Canal+, 03/12/11)

 

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Surtout pas de connivence

 

Rappelons toutefois que c’est Michel Drucker, grand copain de Bedos père, lui-même membre de la Ligue des droits de l’homme, qui lance Petit Bedos dans le grand bain des médias. Le même Michel qui décide d’inviter tous les leaders politiques dans son émission dominicale, sauf Marine Le Pen. Cela vaut-il quelques prises de positions anti-Le Pen ? Officiellement, c’est le génie intrinsèque du « fils de » qui lui permet de franchir toutes les portes : à 12 ans, n’écrit-il pas son premier scénario, l’histoire d’un « incompris miné par la vulgarité du monde » (Madame Figaro) ? Bedos Père se vantera, toujours chez Drucker, que son surdoué de fils soit devenu cadre supérieur chez Canal+ à seulement 18 ans. En fait de cadre sup, « lecteur et conseiller artistique auprès du directeur des programmes Alain de Greef », énonce sans rire la notice de la chaîne privée. Une espèce de stage surpayé auprès d’un copain de papa, malgré le flop de l’émission associant Guy Bedos et Florence Belkacem en 1999. La chaîne perdra de l’argent dans cette affaire, et Guy touchera malgré tout son salaire.

Petit Bedos est plus généreux : il souligne qu’il « refuse d’être payé » chez Ruquier. Certes, mais déposer à la SACD un sketch interminable de 13 minutes diffusé à une heure de bonne écoute, rapporte autour de 4 000 euros en droits d’auteurs. Pourquoi dans ce cas dénoncer les humoristes ou dissidents qui gagnent de l’argent, ou qui n’ont pas les moyens de cracher dessus ?

La leçon de cet épisode médiatique, c’est que la vraie provocation a un coût, et quand elle rapporte, rapporte autant d’ennuis que d’argent. C’est à cela qu’on reconnaît les authentiques provocateurs : ils défilent chez le juge, et les huissiers défilent chez eux. Leurs comptes sont épluchés, leurs proches attaqués. Le nouveau Finkielkraut, c’est bien Petit Bedos : invité partout, on lui pardonne tout, et il ne manque jamais de tribunes pour s’expliquer. Et éventuellement s’excuser. Une deuxième chance que d’autres n’auront jamais.

 

 

Il y a deux sortes de provocateurs rigolos : ceux qui assument, et ceux qui s’excusent. Dans la première catégorie, il y a Choron et Dieudonné qui, au lieu de s’agenouiller, en rajoutent même une couche, ne se perdant pas en emberlificotages mentaux. L’insolence absolue, céleste. Une sorte d’art. Dans la seconde catégorie, dite des provocateurs couards, il y a ce pauvre Carlier, aujourd’hui sorti des radars, et Petit Bedos. Même schéma : on mord, pour se précipiter sous les jupes du pouvoir dès que ça défouraille en retour.

Partir à la guerre en culottes courtes et souliers vernis, un siècle après 1914, voilà bien le drame du Neuilléen. Chasser le requin noir avec un pistolet à bouchon dans une cage dorée est exaltant, sauf quand les squales déglinguent les barreaux. À la première morsure résonnent les piaillements du Petit Bedos dans tous les haut-parleurs. Sa souffrance d’intellectuel de gauche 2.0 fait alors le tour des miradors, pour demander l’aide des mitrailleurs professionnels, qu’on appelle aussi éditorialistes, ou propagandistes, c’est selon. Leurs émissions sont des postes de surveillance et de punition de la dissidence, et ceux qui y opèrent n’ont pas le choix : il faut tirer à vue sur les détenus qui franchissent les barbelés. Ou passer en cour martiale licratique, après dénonciation à la Kohendantur.

 

 

Lemonde.fr (18/01/14) : « Pourquoi aller jusqu’à la vulgarité, l’obscénité ? »
Nicolas Bedos : « Parce que je m’adresse aux jeunes. J’ai parlé avec eux pendant des heures dans des bars, des boîtes. Ils considéraient qu’il y avait d’un côté des “bourges relous” et de l’autre Dieudonné, ses outrances, sa “liberté”. »

Petit Bedos souffre de n’être pas du bon côté de la liberté. Il a essayé, pourtant, le gosse de riches, on ne peut pas le nier, mais c’est trop dur, ramasser les coups. Désormais, comme s’il était programmé, à l’image de son papa, il prend la mitrailleuse que lui tendent les Sotto, les de Caunes, les Toranian, les Giesbert, et il appuie sur la gâchette. Jouissance de couper les malpensants désarmés en deux !

En bas, de plus en plus de prisonniers, solidaires des évadés – le rêve de gifler les Maîtres – malgré les sondages tordus, comprennent qui tient les rênes. Leur colère monte, et leur avis finit toujours par compter, même étouffé sous la mélasse du discours officiel. Petit Bedos croyait être dans le camp du Bien, le voilà du côté de la Censure, des Puissants, de la Propagande, et de la Punition. Comme papa.

 

Dernière minute

Le CollectifDom attaque Petit Bedos pour ses propos sur les Antillais. Réponse de l’intéressé sur France Info : « Ça me fait de la peine que des gens n’arrivent pas à comprendre le degré zéro du deuxième degré. […] Il est temps, une bonne fois pour toute, que l’on fasse le procès de ces associations qui n’ont rien d’autre à foutre que d’emmerder des comiques, des rigoleurs, des amuseurs et des petits Molières de supérette. »

C’est justement ce que fait Dieudonné non??

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