La Fed a cent ans

«  On peut commencer à penser que l’équilibre entre l’efficacité (des « quantitative easing » … planches a billets) et le coût devient moins favorable au fur et à mesure que le bilan de la Fed s’alourdit  »

Ben Bernanke (19 Novembre 2013)

Si les marchés financiers plongent dès ce jour « dans la trêve des confiseurs » et avec elle, annoncent Les Échos, dans « son lot de jours fériés en bourse et son agenda allégé », lundi, la Fed fête son anniversaire. La Fed, cette institution dont le columnist Robert J. Samuelson dit dans le Washington Post qu’« elle a été chargée de prévenir les crises financières et de préserver la prospérité », avec un succès mitigé, ce qui est « frustrant » pour elle. USA Today en dresse une chronologie très parlante.

Oui, elle a très exactement 100 ans ce lundi, la Réserve fédérale américaine – officiellement, le Federal Reserve System, avec ses diminutifs Federal Reserve ou simplement « Fed » – qui est, on le sait, la banque centrale des États-Unis. Car elle fut bien créée le 23 décembre 1913, par le Federal Reserve Act (voir le texte original) du Congrès, dit aussi Owen-Glass Act, au bas duquel le président Woodrow Wilson apposa sa signature suite aux réflexions engagées après plusieurs crises bancaires, dont la grande panique bancaire américaine de 1907.

Un site anniversaire

Alors ça se fête, malgré les restes de la débâcle de 2008 ! Ainsi la Fed a-t-elle lancé un site Internet, federalreservehistory.org, pour célébrer l’événement. Il est destiné, dit lapresse.ca, « à encourager une réflexion plus profonde sur le rôle de l’institution sur l’économie du pays ». Cet instrument, « qui se veut simple et didactique, comporte des chronologies, des photos et quelque 230 biographies ».

Une fonction de recherche permet aussi « de retrouver des citations dans les archives de l’institution. C’est l’occasion de découvrir par exemple la fortune qu’a connue la célèbre expression d’Alan Greenspan sur l’“exubérance irrationnelle” des marchés : on peut la retrouver dans plus de 200 discours, travaux et interviews produits et archivés par la Fed. »

Une exposition

Une mine d’informations, donc, qui complète l’exposition (jusqu’au 1er octobre 2014) du Museum of American Finance, à New York. Les agences de presse expliquent qu’« au XIXe siècle aux États-Unis, jusqu’à 700 banques émettaient leur propre monnaie, et il n’était pas rare que les clients d’une banque se ruent au guichet pour retirer leurs avoirs tous ensemble à la moindre inquiétude, provoquant des faillites en cascades ».

Deux tentatives de création d’une banque centrale n’avaient pas abouti, « l’une dès 1791 du temps de George Washington et dont Thomas Jefferson ne voulait pas. L’autre, enterrée en 1836 par le président Andrew Jackson, qui se méfiait d’une puissance financière centralisée. »

L’élasticité de la monnaie

Il aura donc fallu cette « sévère panique bancaire en 1907 » et « un effort national concerté pour résoudre des problèmes d’élasticité de la monnaie ». L’idée d’une banque des banques voit donc « le jour en novembre 1910 sur une île privée du nom de Jekyll Island, au cours d’une réunion secrète entre une poignée de banquiers influents et de dirigeants en Géorgie ».

Mais plusieurs ébauches de loi seront encore nécessaires, de même que « la persévérance d’un élu influent, [le démocrate] Carter Glass, et l’élection du président Wilson pour que le pays s’accorde en 1913 sur cette réforme fondamentale, alors que les États-Unis sont en passe de devenir la première économie mondiale ».

1907 versus 2008

Ben Bernanke, l’actuel président de la Fed qui va passer le témoin à une femme pour la première fois, Janet Yellen, futur 15e président de l’institution dès le 1er février 2014, aime à dresser un parallèle entre la crise financière de 1907 et celle de 2008 : « La crise que nous avons affrontée il y a cinq ans était par bien des points analogue aux paniques auxquelles les banques centrales ont fait face pendant des siècles », a-t-il rappelé à l’occasion d’une cérémonie commémorant le centenaire.

Parmi elles, la Grande Dépression des années 1930, mais aussi l’inflation des années 1980 où, « pour juguler une hausse des prix de 14 %, Paul Volcker poussa les taux jusqu’à 20 %, une politique efficace mais douloureuse et impopulaire ». Il en reste d’ailleurs un souvenir au cœur de l’exposition new-yorkaise, où l’on peut voir « une des nombreuses poutres en bois envoyées au patron de la Fed par des ouvriers du bâtiment désœuvrés à cause des prêts immobiliers prohibitifs »

Aujourd’hui, « si sa mission se limite en théorie à veiller à la stabilité des prix et au plein-emploi aux États-Unis », c’est, selon Le Monde du 17 décembre, « elle qui donne le tempo de l’économie mondiale comme de l’ensemble des marchés financiers. Et ce n’est pas près de changer… »

http://www.lesoir.be/386907/article/economie/2013-12-23/fed-qui-veut-donner-temps-depuis-cent-ans

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